Danger de bonheur…

Contes & Légendes inspirants

Danger de bonheur…

Mes amis, je vous appelle au secours, je suis en danger. Mes amis, ne me quittez pas, venez près de moi : je vis une rude épreuve, je suis en danger de bonheur. Cela a commencé ce matin, quand un gros paquet de tendresse au creux du lit m’est tombé dessus, comme ça, qu’est ce que c’était bon ! Un peu après, je me suis levé et j’ai préparé le café. Vous rendez-vous compte : du café ! Tout ce circuit depuis les grains de caféier jusqu’à ma tasse qui fait que j’ai là, à ma disposition, du café des tropiques pour mon petit déjeuner. Et l’eau ! Je suis allé au robinet de la cuisine et l’eau coulait ! Moi, je songeais qu’il y a trois générations, mes arrière grands-parents, dans leur petit village des Vosges, devaient chercher l’eau au puits. Quand aux toilettes où je suis allé ensuite, je n’en parle pas par pudeur mais bon, c’était au fond du jardin…

Maintenant, voilà la suite de ma journée. C’est simple : j’ai bien travaillé avec du beau travail d’homme, utile et plaisant. J’ai aussi bien vécu : un peu de sport, un peu d’administratif – il faut bien – quelques mails aux amis. Une journée simple, vous voyez, mais c’est ma contribution au monde et j’en ai été content tout le jour. En fait, je n‘arrête pas de m’émerveiller de ce qui va bien. Hier par exemple, je suis allé raconter des contes de Perrault en grande banlieue et j’y suis arrivé en voiture aussi sec avec le GPS. Vous rendez-vous bien compte des miracles qu’il faut pour que ça marche, ce truc là ?

Je vais bien, mes amis et je me demande si je suis tout à fait normal. Je mange bien, je dors bien, je suis en bonne santé après de gros ennuis cet été, c’est l’âge, vous comprenez, mes 68 ans. Mes finances qui étaient mal en point il y a un an sont à peu près rétablies. A force d’économies, j’ai de nouveau un petit matelas en cas de coup dur.

Chez moi, j’ai patiemment commencé le grand rangement pour me sentir mieux. Ma devise : évacuer ce qui me gêne, valoriser ce que je garde. Photos, papiers, bouquins, CD… tout y passe. Je me suis fait aider, bien sûr. Tout seul, c’est trop dur !

Ma voiture aussi va bien. Je viens de faire le contrôle technique et la révision des 90000. Quelques plaies et bosses sur la carrosserie, mais bon, elle me sert fidèlement et on a encore un bout de chemin à faire ensemble.

Vous allez me dire : mais comment peux-tu être heureux ? Ne vois-tu pas que le monde gémit, craque et souffre de partout ? N’as tu pas entendu parler de la Syrie, des sécheresses et des inondations, des guerres, des massacres et de tout le bataclan, le tragique Bataclan ? Alors là douououcement les amis ! Je vous le demande solennellement : est-ce que le monde malheureux ira mieux si je suis malheureux parce qu’il est malheureux ?

Ouais, heureux dans ton petit coin, me direz-vous, avec ton petit confort, ton petit journal et ta petite télé ? Mais pas du tout ! Je fais ce que je peux pour le monde, mais à ma place et pas plus, comme je peux. Par exemple, on m’a demandé hier un article pour le journal de l’immeuble et j’y ai passé une heure. On m’a aussi demandé de prêter le fauteuil roulant de ma compagne morte l’an dernier. Ce n’est pas grand-chose, j’en conviens, mais si je peux faire ça, c’est toujours un petit quelque chose pour un monde meilleur. Et moi, j’admire aussi tous ceux et celles qui font leur boulot à la place qui est la leur, les grands comme les petits, les politiques de bonne volonté – mais oui il y en a ! – et aussi les braves gens qui font ce qu’ils peuvent pour que ça aille mieux, comme ceux et celles qu’on entend à midi et demie sur France Inter, à l’émission Carnets de campagne.

Mais, me direz-vous enfin, n’es-tu pas triste de ce qui se passe ? N’as-tu pas peur ? N’es-tu pas en rage contre ces fous qui bousillent la vie des gens tranquilles, contre ces inconséquents qui émettent du CO2 et ces salauds qui ne pensent qu’au fric ? Oh que oui, je suis triste ! Oh oui je suis furieux de la méchanceté et de la bêtise des fous, des inconséquents et des cyniques. Et c’est vrai qu’il m’arrive aussi d’avoir peur. Mais je ne vais tout de même pas bousiller mon bonheur à cause de ces malheureux. Et je sais qu’on peut aussi être heureux en ayant peur, en étant triste ou en colère.

Ah, mes amis, je vous le confesse et c’est pour cela que je vous appelle au secours : je suis surtout heureux parce que je suis vivant, plein de plaies et de bosses mais bien vivant. Mais je sais aussi que ma vie est fragile.

Alors, s’il vous plaît, un coup de pouce ! Soignez mon bonheur comme on soigne une jolie fleur, prenez-en soin pour être heureux à votre tour, pour que vous puisiez vous aussi dire : « au secours, mes amis, je suis en danger de bonheur ! »

François Delivré

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Au sujet de l'auteur

Clio Franguiadakis

Depuis 2014, et après 20 années d’expériences, Clio accompagne les entreprises et leurs collaborateurs dans toutes les phases de leur vie, en se focalisant sur 3 aspects : l'Humain, les Relations et l'Organisation. Elle dédie ses compétences, sa passion et son énergie au "mieux-être" et au "bien travailler ensemble". En tant que facilitatrice du changement, elle permet à ses clients de déployer leurs talents et potentiels, et d’accroître leurs performances et résultats. Ses prestations de coaching professionnel et formation, en mode individuel et/ou collectif, sont destinées à celles et ceux qui sont prêts à relever un challenge et à avancer. Sa conviction : Conscience + Confiance + Cohérence mènent à davantage de Coopération et Réussite de vos projets ! A quoi ressemblerait votre vie si vos actions et résultats étaient à la hauteur de vos potentiels ?

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