Tutoiement et Vouvoiement au travail ?

Tutoiement et Vouvoiement au travail ?

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Article paru dans les EJG

TU ou VOUS : un marqueur social qui brouille les cartes !

On se vouvoie ou on se tutoie ? Ce débat sans fin dans nos sphères professionnelle et personnelle remonte à 1793 lorsqu’une loi a interdit le VOUS (abolie en 1795) ! Deux siècles plus tard, nos traditions ont bien évolué, influencées par la mondialisation, les générations Y et Z, et la recherche du Bien-Être au Travail.

Loin d’être anodine, tutoyer ou vouvoyer est une pratique qui en dit long sur la qualité de nos relations. Nous, Français, avons l’art de compliquer les choses, surtout au travail !

Sur quel pied danser ? De quelle voix chanter ? Décryptage…

Le monde est une illusion créée par la conspiration de nos sens. Roger Penrose

Une question de culture

Nos parents, enseignants et autres influences sociétales nous ont appris à passer du TU au VOUS. Chaque groupe (tribu, clan, famille, organisation, association, entreprise, gouvernement) ayant sa propre culture, certains ont habituellement pratiqué les deux modes tandis que d’autres, notamment l’aristocratie et la bourgeoisie, n’ont connu que le vouvoiement. Si le tutoiement s’est généralisé, nous ressentons pourtant régulièrement gêne, confusion, stress… Un « YOU » à l’anglaise nous ferait le plus grand bien !

Une multitude de réalités

Que peut-on observer au sein des organisations du 21ème siècle ?

  • Il y a celles et ceux qui tutoient les uns et vouvoient les autres ; tutoient à l’oral et vouvoient à l’écrit ; tutoient toute l’année et vouvoient en entretien d’évaluation annuelle ou de licenciement, ou devant une caméra ; tutoient leurs équipiers et vouvoient en présence du big boss ; se vouvoient dans l’entreprise et se tutoient en dehors ; tutoient en guise d’agression ; tutoient tout un chacun dans la rue mais se sentent agressés par un TU…
  • Par ailleurs, il y a ceux qui vous accueillent en déclarant « ici, pas de chichi, on se dit TU ! » notamment dans les start-ups, l’informatique, la publicité ou la communication ; et ceux qui contraignent tout le monde au VOUS dans la banque, les assurances, le luxe…
  • Enfin, il y a ceux qui se risquent à tutoyer et récoltent une fin de non-recevoir ; les indécis entre le TU et le VOUS ; ceux qui n’arrivent pas à vouvoyer leur collègue nouvellement promu directeur ; et celles et ceux qui se vouvoient jusqu’à ce qu’ils fassent la fête (ou l’amour !) ensemble ou partagent un même loisir…
  • Sans oublier les hommes qui vouvoient les autres hommes à tous niveaux hiérarchiques, mais vouvoient les femmes en général, quand bon nombre de femmes vouvoient leurs homologues masculins. Et ces femmes qui apprécient plus ou moins le VOUS en fonction de leur âge et de leur bien-être, ou qui se sentent rajeunir avec un TU !

Vous en conviendrez : ce flou artistique est quelque peu perturbant, source d’émotions très diverses !

Nos us et coutumes ?

Le français est la langue des rois : vouvoiement et tutoiement sont bien ancrés dans notre culture, quand bien même les entreprises françaises s’inspirent fortement des pays anglo-saxons depuis quelques siècles, et sont devenues multiculturelles. En outre, les 2 modes sont des marqueurs de notre condition sociale. Que nous ayons le TU facile ou une préférence pour le VOUS, nous sommes sérieusement invités à respecter les règles sociales et culturelles (généralités, interdictions et permissions) si nous voulons nous sentir reconnus et acceptés par autrui. Notre crédibilité et légitimité en dépendent fortement dans toutes nos relations professionnelles, en interne et en externe.

TU : proximité & coolitude !

Il s’est démocratisé au fil du 20ème siècle, très/trop direct, marquant la proximité ou l’appartenance au groupe. Il nous rapproche, gomme les différences, autorise la spontanéité, familiarité, intimité… du moins en apparence. Il affiche une volonté de rapprochement et d’amitié, y compris au travail, et permet une autre dynamique, à condition que tout le monde se sente à l’aise et libre, ce qui n’est pas toujours le cas. À contrario, le TU force la qualité de relation à l’autre et peut se révéler contraignant, dévalorisant, vexant, voire à l’extrême humiliant, agressif, abusif. Finalement, tutoyer l’autre ne garantit en rien l’amitié ou la confiance, même s’il génère en équipe une certaine complicité et convivialité.

Le tutoiement, c’est comme les antibiotiques : ça n’est pas automatique !

VOUS : marqueur de distance

Il instaure une barrière, un respect de toute figure d’autorité et de nos supérieurs hiérarchiques, et également des collaborateurs au niveau N-1, N-2, quoique ça ne soit pas systématique. Cette distance est-elle bénéfique à l’atteinte des objectifs de l’entreprise ? …à vous d’en juger. Cela dit, le VOUS semble permettre les échanges les plus respectueux. Bien qu’il soit parfois considéré comme étant une forme de langage sophistiqué, une distinction, il n’a jamais empêché une relation d’affaire fructueuse, une sincère amitié, ni même une belle histoire d’amour. Enfin, le VOUS rassure en mettant de l’espace entre nous et notre interlocuteur.

Le « VOUS » filtre la mauvaise humeur, l’insulte, la familiarité et l’intimité. Louise Masson

Ce que TU et VOUS ont en commun ?

Ils sont tour à tour bienvenus ou inappropriés. Ils reflètent la devise « Égalité – Fraternité – Liberté » à condition pour nous d’être conscients de ce qui se cache derrière. Ils sont un levier de convivialité sincère ou d’hypocrisie manipulatoire. La vigilance est de mise, surtout en entreprise ! Une chose est sûre : ne pas respecter les codes du groupe d’appartenance est un risque de mise à l’écart. Laquelle des deux formes de communication nous rapproche ou nous éloigne le plus ? Écoutez votre intuition !

ON SE TUTOIE ou ON SE VOUVOIE ?

12 CONSEILS POUR S’ADAPTER !

Toutes ces subtilités nécessitent à la fois une prise de conscience de notre savoir-être et de sortir de nos méconnaissances (= déni de la réalité). En route pour quelques astuces, quels que soient interlocuteurs et environnements :

où en êtes vous aujourd'hui ?
  • Votre préférence va-t-elle vers le TU ou le VOUS ?
  • Étudiez chaque environnement durant quelques secondes : sphère professionnelle ou personnelle, interlocuteur connu ou pas, relation hiérarchique ou figure d’autorité ou bien relation d’égal à égal, plus âgé ou plus jeune, formel et sérieux ou informel et décontracté, monsieur & madame ou bien les prénoms… ?
  • À votre arrivée, osez demander quel est le « dress-code » habituel et culturel.
  • Vous ressentez le tutoiement comment étant plus naturel ou pertinent dans tel contexte ? Votre relation a évolué naturellement depuis des années ou à l’occasion d’une célébration ou d’une rencontre dans la sphère personnelle ? Suggérez le TU simplement et demandez à l’autre sa permission ou son opinion.
apprentissages
  • Beaucoup de temps est passé depuis la dernière rencontre et votre mémoire vous joue des tours ? Alors osez simplement avec le sourire : je ne me souviens plus si l’on se vouvoie ou tutoie ?
  • Acceptez de contourner les règles, tout en restant vigilant, et en rappelant le cadre de votre relation si besoin (cf. Le contrat : un pacte avant tout relationnel, du 20/11/2020).
  • Vous voyagez régulièrement dans le monde ou bien travaillez avec des étrangers ? Il est temps de vous adapter et d’accepter avec simplicité que le « YOU » à l’anglaise, c’est-à-dire le TU, est de mise.
  • Les réseaux sociaux poussent au tutoiement : est-ce une raison pour renoncer à votre tonalité naturelle ?
Quelle chemin choisir
  • Vous vivez depuis des années une relation chaleureuse employant le VOUS ? Pourquoi changer cela ?
  • Surpris.e par un tutoiement : écoutez vos émotions et votre voix intérieure, observez la tonalité de l’autre, questionnez vos intentions respectives, et faites confiance à votre intuition qui sait ce qui est bon pour vous, ici et maintenant.
  • Un TU ou un VOUS vous affecte vivement ? Êtes-vous peut-être encore dans la peau du petit garçon ou petite fille que vous étiez autrefois, impressionné.e par les adultes à qui l’on doit le respect, sans oser vous affirmer ni dire « non » ? De quoi avez-vous peur : être soi, rejet, humiliation, non reconnaissance, perte d’un contrat client ou de votre emploi… ? Et de fait, en positif : de quoi avez-vous le plus besoin aujourd’hui ?
  • Le tutoiement de l’autre vous met mal à l’aise, vous ressentez de l’ironie ou des sarcasmes, ou bien vous vous sentez pris dans un jeu psychologique de pouvoir et manipulation ? Osez alors exprimer votre gêne, demandez à conserver le vouvoiement qui permet de garder une distance certaine.

Gardez à l’esprit que nous avons toutes et tous un cadre de référence différent (origines, éducation, apprentissages, croyances, expériences…) qui nous rend uniques : s’autoriser à grandir et à s’ouvrir au monde, tout en restant bienveillant vis-à-vis de soi et d’autrui (cf. Carte blanche à la bienveillance du 25/12/2020), c’est permettre une qualité de relation plus authentique et plus favorable à l’atteinte de vos objectifs.

Osez l'Odyssee - Clio Franguiadakis

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Au sujet de l'auteur

Clio Franguiadakis

Depuis 2014, et après 20 années d’expériences, Clio accompagne les entreprises et leurs collaborateurs dans toutes les phases de leur vie, en se focalisant sur 3 aspects : l'Humain, les Relations et l'Organisation. Elle dédie ses compétences, sa passion et son énergie au "mieux-être" et au "bien travailler ensemble". En tant que facilitatrice du changement, elle permet à ses clients de déployer leurs talents et potentiels, et d’accroître leurs performances et résultats. Ses prestations de coaching professionnel et formation, en mode individuel et/ou collectif, sont destinées à celles et ceux qui sont prêts à relever un challenge et à avancer. Sa conviction : Conscience + Confiance + Cohérence mènent à davantage de Coopération et Réussite de vos projets ! A quoi ressemblerait votre vie si vos actions et résultats étaient à la hauteur de vos potentiels ?

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